C'est souvent les vieilles " Blouses Immaculées " qui me nettoient.
Je leur mets quelques coups et elles râlent. Je ne les aime pas et leur savon pue la mort.
A chaque coup tordu, chaque tâche de sang, il leur faut 30 secondes pour disparaitre et changer de blouse. Alors, quelques temps après, elles s’en reviennent avec une nouvelle blouse toute propre, immaculée.
Si elles pouvaient, elles me laveraient sous la peau celles-la !

La dernière fois je me suis cogné la tête contre le mur. Je ne l'avais pas fait exprès, c'est seulement que j'étais trop faible pour marcher, je me suis cassé la gueule et l'une d'elle a du tester son point de croix sur mon arcade. Ces vielles rombières sont à elles deux pire que la mort. Elles la fabriquent. Elles se préparent un bon pot-au-feu. La nuit je les imagines en train d’attendre la venue de leur gourou poilu. Il tient le sceptre d’Ottokar pendant qu’elles mettent le feu à une marmite géante, prêtes à bouffer du malade. Une attitude tribale venue du fin fond de leur instinct primaire, elles me boufferaient le cœur afin de s’approprier mon âme, ma force, mes joies.
Alors lorsque l’une d’elles s’est approchée :
- ça fait bien dix ans que je n'ai pas recousu quelqu'un. m'a-t-elle lancé en se marrant ! Mais c'est comme le vélo ces choses-là, ça revient en le faisant, on va voir si j'ai perdu la main...
En la voyant arriver avec son aiguille crochue, l'image de la chasseuse guerrière approchant de sa proie avec sa lance bien aiguisée s'est imposée à moi.
Ça, elle s'est pas foutue de moi ; sacrée tricoteuse, la garce !